1514 - Naissance d'un projet

Luc CoadouLuc Coadou
Basse et directeur musical

Forts du succès de notre première web-série réalisée en 2014, « La vidéo de promotion des Voix Animées », nous avons proposé à nos auteurs Denis Baronnet et Jean-Christophe Mast de nous écrire un deuxième opus. Commence alors une nouvelle aventure : « 1514 ». Pour un Toulonnais, 1514, c’est l’année de la construction de la Tour Royale, mais pour l’histoire de France, c’est une année passionnante, celle de la fin du règne de Louis XII. Certes elle est moins connue que la suivante, 1515, mais pas moins riche en événements. D’après le scénario, force est de constater que l’entreprise s’avère « hollywoodienne ». Impossible à mettre en œuvre pour notre structure alors en plein essor et archi-bookée ! La solution sera « Space O », une autre histoire du tandem Mast & Baronnet qui cette fois nous envoie dans l’espace. Morale de l’histoire, voyager dans l’espace est moins coûteux que voyager dans le temps ! En octobre 2019, Les Voix Animées participent à l’émission « Générations France Musique, le live » de Clément Rochefort. Lors du cocktail suivant cette émission, j’ai le plaisir de discuter avec Marc Voinchet le directeur de France Musique, qui, ravi de notre prestation me propose de rester en lien. Aussitôt dit aussitôt fait, Laurence Recchia envoie un mail pour organiser une rencontre à la Maison de la Radio et de la Musique. Que pourrais-je bien amener dans ma gibecière lors de ce rendez-vous ? Mais « 1514 » bien sûr... pourquoi pas une série musicale pour les oreilles, une fiction radiophonique ! À suivre...


Sterenn BoulbinSterenn Boulbin
Soprano

Dans la série, je suis Sterenn, soprano, et on peut dire que je ne suis pas aussi ravie que Luc d’atterrir au XVIe siècle ! Pour autant, je sais apprécier l’agréable compagnie de Marguerite, la sœur du futur roi François Ier. J’essaie aussi de militer à ma manière pour que les femmes puissent chanter aux offices religieux mais cela s’avèrera plutôt compliqué et source de tracas... La semaine de tournage à Ambronay a été un moment particulièrement joyeux. Nous étions quasiment au complet, comédiens, chanteurs, équipe de réalisation et, après ces longs mois de crise, se réunir autour d’un projet aussi passionnant tenait du miracle ! Avec Élodie Fiat, la bruiteuse, nous avons pu découvrir les coulisses de ce métier assez peu connu et qui pourtant, constitue une part majeure dans la création d’une série radiophonique. Elle sait recréer, à partir de toutes sortes de matériaux récupérés, tour à tour, les bruits d’une poignée de porte, d’une chute, d’un rat qui court sur le sol, d’une calèche et tant d’autres !...


Laurence RecchiaLaurence Recchia
Administratrice et mezzo-soprano

Depuis la première web-série concoctée sur-mesure par nos deux auteurs favoris, à chaque tournage, je prends plaisir à me glisser dans le rôle de... Laurence Recchia ! Pas trop compliqué me direz-vous ? Eh bien ce n’est pas si facile car évidemment, les situations cocasses imaginées par nos auteurs ne correspondent pas vraiment à notre quotidien ! « 1514 », c’est presque devenu une formule magique ! En 2015, lorsque nous avons découvert le scénario, nous n’aurions pas imaginé le long chemin que nous allions parcourir avec le texte sous le bras... la preuve qu’un projet peut se concrétiser dans le temps : inutile de courir, il faut rester confiant et saisir l’opportunité quand elle se présente ! En effet, notre projet a pu être réalisé grâce au précieux partenariat tissé par France Musique avec le Centre culturel de rencontre d’Ambronay. Un partenariat rendu possible par la fermeture des lieux culturels au printemps dernier : une fenêtre inespérée s’ouvre dans le calendrier... et nous voilà tous installés, immergés pour une semaine à Ambronay ! Ce lieu paisible est animé par une équipe chaleureuse qui nous accueille merveilleusement, les meilleures conditions sont réunies ! Quelle chance inouïe de pouvoir bénéficier des espaces du site, si riches en acoustiques... Un terrain de jeu idéal pour Louise Loubrieu et son équipe qui ont réussi à donner à « 1514 » des reliefs sonores remarquables. Imaginez... c’est du véritable « cinéma pour les oreilles » !


Raphaël PongyRaphaël Pongy
Contre-ténor

Pour « 1514 », les auteurs se sont paraît-il inspirés de nos traits de caractère pour créer nos personnages... cependant le Raphaël que j’y campe apparaît tour à tour stupide car incrédule, puis couard et enfin amoureux irréfléchi, alors j’aime à croire qu’il s’agit plutôt d’un rôle de composition ! Mais ce qui m’a fasciné durant les diverses phases d’enregistrement, c’est d’observer l’excellence du travail de l’équipe réalisation de Radio France. Cyrielle Weber qui supervisait la partie musicale de l’enregistrement a envisagé toutes les interactions futures avec la partie théâtrale ; Louise Loubrieu la réalisatrice a déployé une énergie folle pour concentrer celles de chacun et nous emmener ensemble dans sa vision d’une aventure la plus crédible et la plus drôle possible, assistée à chaque instant par Aurélie Miermont qui tenait, en plus d’un rôle dans la série, le poste d’assistante à la réalisation. Enfin, Djaïsan Taouss, chef-opérateur et Valentin Azan-Zielinski, opérateur du son, ont fait preuve d’ingéniosité pour faire sonner au mieux les différentes acoustiques, et ont redoublé d’application pour réaliser un montage d’une grande fluidité avec plus de six cents prises de dialogues ! Un immense bravo et merci à elles et à eux.


Damien RoquettyDamien Roquetty
Ténor

Dans la série « 1514 », comme l’indique le sous-titre « le voyage musico-temporel des Voix Animées », nous voyageons dans le temps, et qui plus est dans nos propres rôles... ou presque ! Certains traits de caractère de mon personnage, ingénieux mais tout à fait opportuniste, étant, je l’espère, issus uniquement de l’imagination de nos auteurs. Nous étions entourés d’une superbe équipe de comédiens : Dominique Blanc, Dominique Pinon, Fanny Blondeau, Olivier Broche, Jean-Claude Bolle-Reddat, Quentin Baillot, Geoffrey Carey, Alexandra Flandrin, Thomas Guené, Aurélie Miermont, Thomas Rortais et Teddy Melis. La distribution, qui s’est faite en collaboration entre Luc, Laurence et Louise Loubrieu, la réalisatrice, nous a assuré tout à la fois talents et qualités humaines. Ce fut une grande chance de partager ce tournage avec des comédiens souvent très rodés à la pratique de la fiction radiophonique. Quel plaisir d’entendre les personnages et l’histoire prendre vie, d’observer la capacité des comédiens à jouer si subtilement de leurs voix, à habiter si intensément leurs rôles, à créer une atmosphère et à nourrir un imaginaire seulement par le son. La voix, dans une utilisation différente de celle à laquelle nous, chanteurs, l’employons au quotidien, et pourtant si semblable : une autre forme de contrepoint, qui sur l’architecture du texte, vient se colorer des différents timbres, phrasés et nuances. L’ambiance de tournage était très chaleureuse et amicale, tour à tour exubérante ou plus calme et concentrée, mais toujours sereine et bienveillante.


Denis Baronnet & Jean-Claude MastJean-Christophe Mast & Denis Baronnet
Les auteurs

Alors le pitch ?

D. : C’est le voyage musico-temporel du groupe vocal Les Voix Animées qui se retrouve très mystérieusement transporté juste avant 1515, année phare qui a marqué le début de la Renaissance. Ils essaient de retourner dans leur propre siècle, et bien malgré eux, risquent de changer le cours du temps, empêchant la Renaissance d’arriver.

J.-C. : Dans la réalité, cette année-là, de vrais événements se sont produits qui ont fait que le sacre de François Ier aurait pu ne pas se produire. Nous avons joué avec ceux-ci.

La première version devait être une web-série vidéo, comment avez-vous adapté le scénario pour la radio ?

D. : Certaines scènes visuelles auraient été très difficiles à réaliser. Et on est passé de douze à seize épisodes, avec un énorme travail de réécriture, j’y ai passé tout mon premier confinement. C’était la deuxième série que l’on écrivait pour Les Voix Animées, et on y a tout mis : costumes, châteaux, robes, carrosses ! Ç’a été un vrai soulagement que l’on trouve une solution par le biais de la radio.

J.-C. : En vidéo, on a le soutien de l’image. Là, beaucoup plus de choses doivent être dites. C’est une collaboration avec France Musique, nous avons décidé de rajouter des morceaux, faisant ainsi la part belle à la musique.

Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?

J.-C. : C’est une telle joie que cette série voie le jour, avec des acteurs formidables, dont Dominique Pinon et Dominique Blanc. C’est aussi désarçonnant. On l’a beaucoup rêvée, et là on se retrouve face au résultat final.

D : C’est un grand cadeau, un véritable émerveillement d’avoir pu le faire. Moi, ça m’a éclaté ! Une spéciale dédicace aux chanteurs : ils ne sont pas acteurs professionnels et là, ils ont vraiment été à la hauteur. Ah, les ambiances, les carrosses, les coins dérobés, la musique, le luth...

Qu’est-ce que vous affectionnez particulièrement dans vos collaborations avec Les Voix Animées ?

D. : La chevelure de Luc Coadou...

J.-C. : Ils défendent une musique vraiment underground. Je pensais déjà écouter de l’underground, mais là c’est plus fort que tout ! Ce sont de vrais Don Quichotte !

D. : C’était d’ailleurs le sujet de la première web-série. Humainement également, ce sont des gens délicieux. Ça m’a permis de découvrir cette musique, que j’apprécie maintenant. On était face à un challenge tout de même. On est sur un registre assez facétieux, et il fallait coller de la musique Renaissance dessus ! La deuxième web-série est carrément un space opera à la Kubrick ! On a utilisé du carton, du papier peint, on a tourné au mois d’août, c’est une dinguerie !

Mais ça fonctionne !


Louise LoubrieuLouise Loubrieu
La réalisatrice

Réaliser un podcast de fiction musicale, c’est donner une orientation, une direction dans les différents choix sonores : voix pour chaque personnage, agencement des scènes, rythme et choix des musiques. Réaliser, c’est récolter la matière sonore nécessaire pour susciter une image mentale. L’objectif est de permettre aux auditeurs de se construire cette image mentale. Je suis comédienne et metteur en scène de formation. Je fabrique des fictions pour France Culture et France Inter avec les équipes de Radio France depuis une dizaine d’années, je suis également adaptatrice, c’est-à-dire que je scénarise des romans en les rendant le plus radiophonique possible. Quand j’ai reçu le scénario de « 1514 », j’ai établi un découpage du texte et un plan de travail d’enregistrement. Se posait alors la question d’un tournage en extérieur puisque nous sommes au XVIe siècle. Dans notre métier, la question de l’acoustique fait tout : on doit comprendre immédiatement si l’on est dans une prison ou une salle de concert. Le Centre culturel de rencontre d’Ambronay, dédié à la création artistique et partenaire historique de France Musique, nous a ouvert ses portes. Un repérage à Ambronay en amont des enregistrements m’a permis d’appréhender les différentes acoustiques du lieu : nous sommes des artisans et faisons feu de tout bois.

Avec Luc Coadou et Laurence Recchia nous avons beaucoup échangé pour trouver le meilleur équilibre dans la distribution. Ce travail nous a permis de réunir des comédiens venant du cinéma, du théâtre et certains acteurs très habitués au travail au micro qui répondaient à cet univers ludique : Dominique Blanc, Dominique Pinon, Fanny Blondeau, Olivier Broche, Jean-Claude Bolle-Reddat, Quentin Baillot, Geoffrey Carey, Alexandra Flandrin, Thomas Guené, Aurélie Miermont, Thomas Rortais et Teddy Melis. Nous enregistrons les scènes comme au cinéma, avec des dispositifs de prise de son singulier pour chaque scène avec les comédiens, les preneurs de sons et une bruiteuse. Élodie Fiat, la bruiteuse, devient le corps des comédiens et permet de rendre concret les détails sonores de chaque scène : chaînes, calèches, portes, vêtements...

Donner vie à un univers historique, c’est donner à entendre ou donner à imaginer ce que les gens entendaient à l’époque. Il fallait aussi trouver l’équilibre entre des scènes très dialoguées et les musiques de ce répertoire Renaissance.

En tout, trois mois de préparation, huit jours d’enregistrement, cinq jours pour l’enregistrement de la musique, et vingt-cinq jours de post-production qui comporte le montage et le mixage. Mais en réalité c’est peu pour un résultat de seize fois quatorze minutes.